
Duncansby Stacks, Wick
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Aventure solo à la découverte du Caithness et du Sutherland
Accompagnez-moi pour ma première aventure solo à la découverte du Caithness et du Sutherland
Voyage en train vers Thurso
Curieux de découvrir les histoires et perles rares que recelait cette région, j’embarquai dans un train à Édimbourg un lundi matin d’octobre, destination le Grand Nord de l’Écosse. La première étape de mon périple m’emmena à travers les forêts dorées du Perthshire, d’Aviemore et les collines qui marquent la frontière orientale du parc national des Cairngorms, pour enfin parvenir à ma première escale : Inverness. Capitale administrative des Highlands et autrefois de l’Écosse tout entière, Inverness est le cœur névralgique des transports dans la région. Après un casse-croûte à la gare et un passage rapide à la célèbre librairie Leakey’s (qui vaut vraiment le détour si vous avez quelques minutes devant vous) à quelques pas de là, j’embarquai à bord du train de la Far North Line, lequel m’emmènerait à Thurso, la dernière ville de la terre ferme écossaise face à l’océan Atlantique et les archipels des Orcades et des Shetland par-delà.

Vue sur la mer depuis Thurso
© Brieuc Botte
Ce voyage en train d’Inverness à Thurso, qui dura près de 4 heures, me sembla néanmoins bien plus court ! Difficile d’arracher mon regard à la fenêtre alors que nous traversions les vallées côtières du Sutherland flanquées de bruyère jusqu’au village côtier de Helmsdale. Là, notre train bifurqua pour s’enfoncer vers l’intérieur des terres, se faufilant à travers les vastes plaines de tourbières dorées qui forment le Flow Country. Son accessibilité est pour le moins impressionnante : pour une région assez peu peuplée, elle est remarquablement bien desservie.
Visiter la région en train est par ailleurs un excellent moyen de découvrir ce recoin d’Écosse. Je notai que cette ligne constituait une véritable aubaine pour les randonneurs et les campeurs, libre de commencer ou boucler leurs itinéraires en de nombreux endroits de la région. Mes premières impressions du Flow Country ne me laissèrent pas indifférent. En admirant ses lochans (petits lochs), ses tourbières dorées et ses collines solitaires se dressant à l’horizon, je réalisai que je pénétrais dans une région très unique. J’arrivai à Thurso en début de soirée, ce qui me permis d’admirer ses contours au coucher du soleil. Après une dernière vue sur la clocher de l’église voisine, je rejoignis mon hôtel en pensant à ce que me réserverait lendemain.
À la découverte de Thurso
Le matin suivant, je me mis en route de bonne heure pour me balader au fil des rues de Thurso. Je suivis la route qui descendait de la gare et passai très vite devant l’église pittoresque que j’avais aperçue la veille, flanquée d’un joli petit parc, non loin d’une artère piétonne bordée de boutiques en tous genres. Plus loin, je tombai sur les ruines de l’ancienne église Saint-Pierre de Thurso, située juste à côté du port. Quelques mètres plus loin, l’océan baigné de lumière matinale s’ouvrit devant moi accompagné de sa brise automnale.
La clarté de cette journée ensoleillée m’offrait une vue imprenable sur les falaises qui bordent le littoral de Thurso. Je me promenai le long de la plage et des falaises, regardant par-delà la mer. À quelques centaines de mètres sur la gauche se trouvait le port de Scrabster abritant les ferries en partance ou en provenance des îles Orcades voisines. D’ailleurs, j’étais abasourdi par la proximité de ces dernières : en tournant légèrement mon regard sur la droite, j’apercevais très clairement les falaises qui valurent à l’île orcadienne de Hoy son nom en vieux norrois, à savoir Háey, « l’île haute ». Plus loin encore à l’est, j’aperçus les falaises tout aussi impressionnants de Dunnet Head, le point le plus au nord de Grande-Bretagne et aujourd’hui réserve naturelle protégée.
En retraçant mes pas en direction du centre-ville, je parvins sur le pont qui enjambe le fleuve Thurso, auquel la ville doit son nom. À partir de là, je suivis la Riverside Walk, un itinéraire bordé d’arbres qui longe ses berges et offre des vues imprenables en toutes saisons. Je revins ensuite vers le centre-ville pour en apprendre davantage sur l’histoire et le patrimoine de cette région. Le Caithness et le Sutherland abritent de nombreux musées en tous genres, et Thurso n’est pas en reste. C’est là que se trouve le majestueux North Coast Visitor Centre, un ancien hôtel de ville aujourd’hui reconverti en musée et galerie d’art sur trois étages. Et l’architecture imposante de cet édifice n’était rien en comparaison avec ce qui m’attendait une fois ses portes franchies.
Le rez-de-chaussée du musée expose quelques-uns des mégalithes pictes les plus impressionnants de la région, ainsi que des artéfacts gravés de runes de l’époque viking. Le premier étage abrite un café-restaurant ainsi qu’une galerie d’art qui met en vedette les œuvres d’artistes locaux. Le dernier étage contient une myriade d’informations, d’objets et de reconstitutions retraçant le patrimoine historique de la région, de ses origines néolithiques à son industrie de la pêche en passant par sa faune sauvage et les expérience nucléaires top secrètes dans la région. On y trouve également une salle de cinéma projetant en boucle un film consacré aux richesses du Caithness.

Le North Coast Visitor Centre, Thurso
© Brieuc Botte
Le point fort de ma visite au Centre fut sans aucun doute l’exposition interactive sur le Flow Country, qui me fit prendre conscience de son extrême importance en matière de biodiversité et de lutte contre le changement climatique. Après l’avoir découvert à travers la vitre du train la veille, cette expérience immersive me donna la sensation de mieux connaître le Flow Country que si j’en avais fait la traversée à pied.
Après un déjeuner au café du Centre, je repris mon chemin le long de l’A9, en bord de mer, pour rejoindre la distillerie de Wolfburn non loin du port de Scrabster. Il s’agit de la deuxième distillerie de whisky la plus au nord de Grande-Bretagne, et fut baptisée d’après le Wolf Burn, un ruisseau qui en longe le bâtiment et passe non loin du site de la distillerie d’origine, établie il y a plus de 200 ans. Pendant près de 90 minutes, notre guide Charlie nous expliqua dans les moindres détails les différentes étapes de la production de whisky, avant de nous emmener faire un tour de l’un de leurs entrepôts (un spectacle qui vaut franchement le détour !) et de nous offrir une traditionnelle dégustations de whiskies agrémentée d’amples explications et d’un verre gratuit à emporter chez soi.

La distillerie de Wolfburn, Thurso
© Brieuc Botte
Au terme de cette journée de visites de Thurso et ses environs, j’étais convaincu qu’il me restait énormément de choses à découvrir dans la région. Compte tenu de ses paysages à couper le souffle, ses gens chaleureux et de son patrimoine riche, il ne fait aucun doute que j’y retournerai à la prochaine occasion. Je pensai au trajet en train qui m’attendait, d’autant que j’en savais désormais beaucoup plus sur les paysages que j’étais sur le point de retraverser.
Le Flow Country figure actuellement sur la liste indicative de l’UNESCO en vue de se voir accorder le statut de site du patrimoine mondial (la décision devrait tomber en 2024), et en s’y intéressant même en surface, on comprend aisément pourquoi. Vous pouvez réserver des visites sur ce terrain pour en savoir plus sur la région et découvrir certaines des espèces sauvages qui y ont élu domicile. Alors que le train serpentait au cœur du Flow Country en direction d’Inverness, les vues sur ses tourbières au coucher du soleil avaient une saveur bien particulière.

La réserve naturelle nationale des Forsinard Flows, Caithness
© wild.devs
D’Inverness à John O’Groats
Cela dit, mon périple dans le nord des Highlands était loin d’avoir touché à sa fin ! J’eus en effet l’occasion de participer à une excursion signée Timberbush à la découverte du littoral nord-est du Sutherland et du Caithness, jusqu’au lieu-dit de John O’Groats. Le lendemain, je rejoignis donc cinq autres voyageurs enthousiastes derrière la gare d’Inverness pour aller à la rencontre de notre guide de la journée, Richard. Étant donné que j’ai la chance d’habiter en Écosse depuis maintenant plusieurs années, je dois avouer que je ne m’étais jamais réellement intéressé aux excursions guidées et voyages organisés pour mon propre compte. Et je dois bien admettre que pour une première excursion, je n’aurais pu tomber sur un meilleur guide ! Richard est un Écossais dont la famille est originaire du Dumfries & Galloway, autre contrée pittoresque du sud de l’Écosse. Bourlingueur et guide touristique chevronné, son humour n’avait d’égal que ses connaissances sur la région. J’exagère à peine en affirmant qu’il avait des anecdotes sur pratiquement chacun des villages et des bâtiments devant lesquels nous passions (j’ai même mis ses connaissances à l’épreuve plus d’une fois !). Richard partageait sa science avec passion, et je dois dire qu’elle était plutôt contagieuse. Et avant de nous rendre à John O’Groats, nous nous sommes arrêtés à plusieurs endroits…
Notre première escale fut le charmant village de Dornoch, dans lequel je me promenai pour ensuite m’arrêter au Milk & Honey pour un café et un (délicieux) scone. Nous avons ensuite pris la direction de Golspie, où Richard nous donna un cours d’histoire condensé sur les ducs de Sutherland et leurs liens avec les Highland Clearances, le tout à l’ombre du monument enveloppé par la brume au sommet du Ben Bhraggie. Quelques centaines de mètres plus loin se trouvait le château de Dunrobin, le siège des ducs de Sutherland, où nous nous sommes arrêtés quelques heures. Dunrobin est un château de conte de fées niché en bord de mer et entouré de jardins à la française. Après un spectacle de fauconnerie, je fis la visite du château, dont chaque pièce abritait des panneaux d’information disponibles en plusieurs langues.
Nous sommes ensuite repartis pour notre destination finale, John O’Groats. Nous avons traversé la ville de Wick, nous sommes arrêtés en chemin pour saluer des Highland cattle, et sommes descendus pour profiter des vues sur le littoral depuis le port de Dunbeath.

Le château de Dunrobin et ses jardins, Golspie
© Brieuc Botte
John O’Groats est un lieu très particulier. Situé à l’extrémité nord-est de l’Écosse continentale, j’avais le sentiment très étrange de me trouver (presque littéralement) au bord de quelque chose. En particulier après que Richard eut décidé de nous emmener observer les éperons d’érosion marine du cap de Duncansby Head, à quelques centaines de mètres de là. Après avoir savouré une glace chez Flavours à John O’Groats, nous reprîmes le chemin du retour.
Ayant étudié le vieux norrois, l’un des aspects les plus fascinants de ce voyage aux confins de l’Écosse, à titre personnel, furent les noms de lieux. Grâce aux indications complémentaires de Richard, je commençai à mesurer l’influence scandinave sur les paysages et villages que j’avais traversés : Thurso (du vieux norrois Thorsá, « le cours d’eau de Thor »), Dingwall (Þingvöllr, « la plaine de l’assemblée »), Wick (vík, « la baie »), et surtout le Flow Country, qui doit son nom au mot flói, qui en vieux norrois fait référence à une lande humide et marécageuse.

Le célèbre poteau de John O'Groats, Caithness
© Brieuc Botte
Alors que John O’Groats disparaissait au loin derrière nous, j’entamai une énième conversation avec Richard. J’étais intrigué par ce qui l’attirait tant vers ce recoin d’Écosse, lui qui avait passé une grande partie de sa vie à emmener des voyageurs aux quatre coins du monde. Il me répond alors que c’est un mélange de patrimoine, de caractère et de rencontres. « Vous ne trouverez ça nulle part ailleurs », ajoute-t-il après une pause. Il m’évoque alors l’histoire des clans écossais dans la région, les conflits, les querelles, les traces du passé sur le paysage visible aujourd’hui. « En un sens, ces événements ont forgé ce que nous sommes aujourd’hui ». Il sourit ensuite avant de conclure sa réponse : « Vous savez, je m’estime particulièrement chanceux de vivre dans cette région du monde ».
Je ne sais pas si cela était dû aux vues à couper le souffle sur Duncansby Head, la musique celtique folk qui animait notre minibus où la sincérité dans la voix de Richard – tout cela à la fois, j’imagine – mais alors que mon regard se posait une dernière fois sur le littoral parsemé de châteaux et demeures grandioses du Sutherland, et que le soleil se couchait sur ce recoin d’Écosse dont je n’aurais pas soupçonné la richesse deux jours plus tôt, je me considérai tout d’un coup encore plus heureux d’avoir pris part à cette aventure dans le Grand Nord écossais.
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